
Toute ma vie, je serai verre
Plusieurs fois, je serai livre
Voilà
de beaux slogans(1) pour
nous rappeler qu'il y a peu de limite à la réutilisation
de la matière.
Tout écosystème se base sur un renouvellement permanent
des éléments qui le composent (végétaux,
animaux, sols,
) pour fonctionner.
Ne serait-ce pas l'objectif d'une humanité moderne que de
parvenir également à s'auto-suffire, pour assurer
sa survie à long terme ?
Alors, pour bien commencer
direction
les bornes d'apport volontaire !
(1)
Communication conçue par SOMERGIE dans le cadre d'une campagne
de sensibilisation au recyclage se déroulant sur la période
du 3 au 10 novembre 2004, dans les rues de Metz, Montigny-Lès-Metz,
Saint Julien et les bus de l'agglomération messine.
Déchets
et croissance économique : l'inconvénient de l'avantage
Si le recyclage des déchets est une action
qu'il faut saluer, tant elle contribue à la préservation
de notre environnement, elle est malheureusement soumise à
bien des contraintes, qui rendent sa progression difficile. Il s'agit
notamment de la dure loi économique de l'offre et de la demande,
introduisant un climat de compétitivité entre matière
recyclée et matière vierge.
Historiquement, les matières recyclées
ont dans la majorité des cas toujours été plus
chères que la matière vierge, en raison de coûts
de valorisation plus élevés que les coûts d'extraction
et de transformation des ressources naturelles. Ceci explique pourquoi
la mise en place et le fonctionnement des filières de recyclage
sont rarement viables sans un mécanisme de subventions de
la part des pouvoirs publics, et donc indirectement des contribuables.
On peut recenser 3 facteurs qui seraient en mesure de rendre les
systèmes de recyclage durablement rentables :
1-
La raréfaction des ressources naturelles,
engendrant une hausse sensible des coûts.
Cette rareté est déjà réelle
pour un certain nombre de matières premières, même
si cela n'est pas perçu comme tel par les agents économiques
(et pour cause, leurs prix restent encore abordables).
La hausse actuelle du baril de pétrole commence
parexemple à traduire progressivement cette notion de non-renouvellement.
2-
La diminution sensible des coûts
de valorisation des matières vierges.
Les progrès de l'automatisation ont déjà
permis d'améliorer nettement les performances de tri et de
transformation tout en étant capable d'absorber des volumes
plus importants.
Cependant, la complexité grandissante des
produits (matières mélangées entraînant
un démontage difficile,
) sont un frein à l'abaissement
des coûts.
3- L'accroissement
à long terme de la demande de matière par rapport
à l'offre disponible sur le marché.
C'est exactement le phénomène observé
actuellement à l'échelle mondiale. La croissance est
tirée par quelques pays émergents, dont notamment
la Chine, qui connaissent une augmentation fulgurante de leur consommation
individuelle et industrielle. Deux exemples parmi d'autres illustrent
cette tendance :
- la hausse de 20 à 30 % du prix mondial de la ferraille,
- le récent investissement d'un industriel chinois dans le
Sud de la France, dans une usine destinée à recycler
du film plastique agricole. Deux raisons semblent motiver cet investissement
: tout d'abord l'anticipation d'une forte demande de matière
plastique dans les années à venir, (risquant de provoquer
une pression des prix à la hausse) ; d'autre part le contournement
d'une prochaine loi européenne interdisant l'exportation
de certains types de déchets.
Parmi les trois facteurs précédents,
de nature à viabiliser le modèle économique
des filières de recyclage, le dernier est le plus susceptible
de se réaliser.
Dans
un contexte de ressources naturelles non renouvelables, la croissance
économique apparaît comme le moyen le plus immédiat
pour rendre les matières recyclées compétitives,
du fait du seul facteur de l'offre et de la demande.
Cependant, il ne faudrait pas oublier que le corollaire
de la croissance est l'augmentation de la consommation, d'où
la recrudescence du volume et de la quantité de déchets.
Ceux-ci contribuent à faire chuter les cours de la matière
recyclée, du fait de la croissance de l'offre par rapport
à la demande, ce qui fragilise alors la structure de rentabilité
des filières.
A supposer que les cours des matières vierges
ne redescendent plus (au fur et à mesure que les stocks de
ressources naturelles diminuent), les matières recyclées
deviendraient alors la seule ressource disponible, ce qui limiterait
la chute de leurs cours, même en cas de sur-capacités.
En conclusion, on peut au premier abord se réjouir
de la vigueur de la croissance économique, car elle valorise
le recyclage au fur et à mesure que les ressources naturelles
se raréfient. Sur le plan écologique, l'impact de
la croissance est plus préoccupant (et la Chine en est un
bon exemple), car le dynamisme économique est généralement
générateur de nombreuses nuisances, dont notamment
l'augmentation du volume de déchets et de rebuts qu'il faudra
éliminer. Hélas, dans les pays émergents, les
pratiques en matière d'incinération et de mise en
décharge sont souvent peu encadrées.
Ce qui est gagné d'un côté
peut donc être rapidement perdu de l'autre !
Un chiffre, une date, une tendance
à
déchiffrer : 3 à 5%
Telle
est la progression des déchets d'équipement électriques
et électroniques (DEEE) en France, contre une augmentation
moyenne de 1 % pour l'ensemble des déchets ménagers.
Cela démontre la part grandissante des nouvelles
technologies dans notre quotidien et le souci à la clé
pour leur élimination. Le recyclage des composants électroniques
reste en effet encore un défi sur le plan technique.
Xavier HEUDE