:
Les déchets de la rue en mal de
reconnaissance
183 Euro d'amende
voilà
ce que pourrait vous coûter le fait de jeter par terre un
paquet de cigarettes vide ou le sachet d'emballage de votre sandwich,
à Paris.
D'aucun ne se plaindra pourtant de trottoirs plus propres, qui d'emblée
donnent une autre image de l'environnement urbain.
Si
la poubelle fait partie intégrante de notre univers privé
(chaque foyer disposant au moins d'une poubelle dans sa cuisine),
il semblerait qu'elle n'ait pas encore trouvé sa légitimité
véritable au sein de l'espace public.
Alors que les lieux de passage sont assez bien équipés
(gares, jardins publics,
), les rues des villes n'en sont
pas toutes dotées, loin s'en faut.
Nous pouvons peut-être trouver une explication à cela
: installer des poubelles à tous les coins de rue reviendrait
certainement cher à la commune, en terme de maintenance (entretien
du parc, tournées de ramassage), alors que le déchet
égaré au beau milieu de la rue, finit toujours par
être enlevé par les services municipaux, lorsque ceux-ci
nettoient la rue.
Dans un contexte législatif qui pousse à une plus
grande implication du citoyen dans la gestion de ses déchets,
l'espace public semble donc être à part, pour la bonne
et simple raison que l'individu en oublie les règles du jeu.
En dépit des efforts des communes pour sensibiliser
le passant - qu'il soit résidant ou visiteur - on constate
un écart grandissant entre les habitudes de tri s'instaurant
peu à peu à la maison, et le geste encore rudimentaire
d'abandon sans discernement de ses déchets sur la voirie,
ou par chance dans une poubelle si l'une se trouve à proximité.
Notons au passage que les déchets de la rue ne diffèrent
pas de ceux du foyer : il s'agit toujours de poches plastiques,
papiers, cannettes de boissons et autres emballages usuels.
Qui dit mêmes déchets, dit logiquement même traitement.
Pourquoi donc encourager le consommateur à trier chez lui,
et ne pas l'accompagner à reproduire son geste lorsqu'il
se trouve au sein de l'espace public ? Le déchet doit revêtir
la même identité partout, qu'il soit à l'intérieur
ou à l'extérieur du domicile.
Dans quelle mesure ne pourrions-nous donc pas imaginer
des poubelles de rue " multibacs ", permettant au piéton
de séparer ses déchets, avec 3 ou 4 choix possibles
à définir : papier, verre, métal, autres déchets
par exemple. Des expériences existent déjà
au Luxembourg et en Belgique, où des poubelles ont été
respectivement installées à la gare de Luxembourg-Ville
et dans 4 stations de métro à Bruxelles. On peut également
citer les initiatives engagées par certaines villes de bord
de mer qui, pour la période des vacances, installent au pied
de la plage des poubelles différenciées suivant la
nature des déchets que l'on peut y déposer.
Aujourd'hui cette problématique de tri des
déchets urbains trouve en partie une issue au travers des
conteneurs enterrés que l'on voit apparaître dans les
centre-villes des grandes agglomérations (à Metz par
exemple). Celles-ci répondent au souci d'insertion dans un
espace urbain bien souvent réduit, où l'installation
de conteneurs en surface est trop consommatrice de place. Si ces
bornes visent prioritairement les habitants du quartier où
elles sont implantées, elles sont naturellement à
la disposition du piéton qui passe.
Toutefois, ces bornes sont par définition volumineuses, car
destinées à recevoir des flux de matières importants.
Leur emplacement reste difficile dans certaines zones inadaptées,
où seule la poubelle trouve sa place (halls et quais de gare,
espaces d'attente des aéroports,
). La poubelle sélective
demeure idéale dans ces endroits.
En conclusion, les solutions pour inciter
le passant à trier ses déchets - même en-dehors
de chez lui - existent.
A l'heure où la consommation nomade prend des proportions
significatives, avec la destruction de la cellule familiale (de
moins en moins de repas étant pris en famille), il faut désormais
aller chercher le déchet où il se trouve ... c'est-à-dire
probablement de plus en plus dehors, et de moins en moins à
la maison.