Pour
une Europe des déchets
L'Europe s'agrandit et les défis ne manquent
pas, y compris en matière d'environnement et tout particulièrement
de gestion des déchets avec la même problématique
de suremballage. Toujours les mêmes questions reviennent :
que vont devenir ces déchets ? comment seront-ils traités
? L'expérience dans l'Europe des 15 a montré une grande
disparité dans le domaine du traitement des déchets
suivant les pays, les zones géographiques, et bien entendu
les habitudes de consommation. Preuve que la solution idéale
dans ce domaine n'est pas encore trouvée.
A quand l'Europe des déchets ?
Coût
des déchets ménagers et marge de manuvre de
l'usager
Evolution des coûts à la
hausse
Si l'appel à la citoyenneté (i.e.
un comportement responsable de l'individu dans la société)
apparaît comme un des vecteurs privilégiés par
le gouvernement pour obtenir des résultats à long
terme en matière de réduction des déchets,
il ne faut pas oublier le levier d'action que représente
le coût à la charge de l'usager, pour le traitement
de ces derniers. Il ne s'agit point ici de faire une étude
comparative des différents modes de financement (TEOM - taxe
d'enlèvement des ordures ménagères ; REOM -
redevance d'enlèvement des ordures ménagères
; imputation directe sur la fiscalité locale), mais plutôt
de percevoir l'interdépendance entre comportement citoyen
et coût pour l'usager.
L'amélioration des performances de collecte et de recyclage
- quel que soit sa forme de valorisation (énergétique
ou matière) a fort logiquement eu pour conséquence
une augmentation directe ou indirecte des dépenses à
la charge du contribuable :
- hausse des investissements dans les infrastructures lourdes depuis
une dizaine d'années, suite au durcissement considérable
de la législation européenne sur le déchets
(notamment la directive 94/62/CE relative aux déchets d'emballage)
: construction de centres de retraitement et d'incinération,
équipement en matériel roulant adapté
- croissance continue des frais d'exploitation liés à
la fixation de normes de plus en plus rigoureuses (normes environnementales
de type ISO, spécialisation accrue des filières de
retraitement,
)
Agir
Cette tendance à la hausse ne semble
point être arrivé à son terme, tant les défis
techniques à relever sont considérables face à
la complexité croissante des produits à éliminer
(DEEE - déchets d'équipements électriques et
électroniques ; matières composites ;
). Dès
lors, se pose indéniablement la question des coûts
et de leur prise en charge.
Il est dans l'intérêt de tout un chacun de freiner
la hausse, en agissant le plus en amont possible, notamment via
une diminution de la production de déchets. Cette logique
de prévention des déchets (mot d'ordre de la politique
gouvernementale pour les années à venir - cf. la Lettre
Mensuelle - Février 2004) peut s'exercer de différentes
manières :
- en amont : renforcer l'implication des fabricants, via une participation
financière à l'élimination des déchets
issus de leurs produits (ce que l'on appelle la REP - responsabilité
élargie du producteur)
- en aval : introduire une facturation individuelle différenciée,
selon le type et la quantité de déchets générés
par l'usager.
Quels critères de différenciation
?
Il faut noter que les modes de financement
actuels (TEOM, REOM,
) ne comportent pas de critères
directement liés à la production individuelle de déchets.
Il n'est donc nullement tenu compte du comportement du consommateur,
ce qui peut éventuellement décourager ce dernier dans
ses efforts de tri.
Dans quelle mesure l'incitation financière (i.e. un tarif
adapté aux déchets produits) aurait un effet positif
sur le volume de nos ordures ménagères ? Force est
de constater que peu de communes ont mis en place de pareilles mesures
(du type d'un système de pesée embarquée) car
un certain nombre d'inconvénients y sont associés
: coût de gestion administrative d'une facturation à
la carte, risque de détournement illégal d'ordures
(incinération par l'usager, dépôt sauvage,
).
En outre, le poids est-il un indicateur
représentatif du coût de traitement des déchets
? Probablement de moins en moins. En revanche, la propriété
des matériaux jetés prend une importance grandissante
(il est certainement plus coûteux de retraiter 1 kg de composants
électroniques, qu'1 kg de PET). Le danger d'une croissance
non maîtrisée des coûts des déchets est
de dépasser un seuil de rupture au-delà duquel l'usager
arrivera à la conclusion que son acte de tri et de prévention
lui revient plus cher que de tout mettre en vrac dans un sachet
unique.
A défaut de savoir chiffrer le coût réel pour
l'environnement de l'élimination des déchets, c'est
encore et toujours le prix facial payé par le consommateur
pour ce service qui fait " loi ".
Mais jusqu'à quand ?
Le contenant ne fait pas le contenu !
Si tentant que cela puisse être, le geste
de tri ne s'applique malheureusement pas aux récipients en
plastique contenant des huiles (alimentaires ou de moteur) ou des
substances toxiques (de type produits phytosanitaires). En effet,
le lavage de ces récipients est difficile (du fait de températures
devant être plus élevée) et le traitement des
eaux issues du nettoyage est également plus contraignant.
Xavier HEUDE
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